HARMONIUM - “Si on avait besoin d'une cinquième saison”
1975 - Canada - PolyGram
5 titres - 41’32
Trop peu connu du public progressif, HARMONIUM est pourtant une véritable institution dans sa contrée d'origine, le Québec. "Si on avait besoin d'une cinquième saison", leur album le plus connu et le plus abouti, occupe même une place de choix dans le panthéon musical de la Belle Province. Pas que le synthèse entre rock progressif et folk proposée par HARMONIUM soit inédite, mais le public local s'est naturellement reconnu dans ce groupe qui, face à la déferlante anglo-saxonne, a osé le chant en langue française, superbement porté par les textes naïfs de Serge Fiori.
Sorte d'ode à la nature d'inspiration hippie, comme en témoigne la pochette haute en couleurs, l'album revisite tour à tour chacune des quatre saisons, auxquelles HARMONIUM ajoute sa fameuse cinquième saison. Optant pour un son presque totalement acoustique, le groupe propose une musique paisible et subtile, aux ambiances tantôt pastorales, tantôt romantiques. Ajoutez à cela la présence d'une flûte, d'une guitare 12 cordes et d'un Mellotron et vous aurez compris que la démarche n'est parfois pas si éloignée du "Trespass" de GENESIS. En outre, un soin tout particulier est apporté au chant et aux harmonies vocales ("Vert" et "En pleine face"), ce qui est éminemment appréciable quand on sait à quel point le chant constitue le talon d'Achille de bien des groupes francophones.
Au rayon des originalités, signalons que le combo québécois n'utilise pas de batterie : cette absence, loin d'être préjudiciable, vient renforcer l'impression de douceur qui se dégage de l'album. Et pour tout dire, HARMONIUM possède une telle science de l'instrumentation que ce vide ne se remarque même pas. La liste des instruments utilisés par le groupe est d'ailleurs impressionnante : aux multiples sortes de guitares, flûtes et claviers s'ajoutent ainsi une mandoline, un saxophone, une harpe ou des ondes Martenot (l'étrange sifflement qui parcourt "En pleine face"). Sur "Dixie", où HARMONIUM s'adonne à une sorte de jazz folk enjoué, ce sont une clarinette et des cuillères qui viennent se joindre à la fête, dans une ambiance de saloon !
Les deux titres les plus longs de l'album sont aussi les meilleurs. "Depuis l'Automne" (10 mn) est un morceau tout en mélancolie, où la voix de Serge Fiori semble soudain se faire plus fragile. La piano, et plus encore l'utilisation du Mellotron et des chœurs, rendent parfaitement la nostalgie propre à cette saison. Pièce au raffinement exceptionnel, "Histoire sans paroles" (17 mn) voit l'influence classique se faire plus présente. Comme le titre le laisse deviner, le propos est ici totalement instrumental, quelques harmonies vocales mises à part. La flûte enchanteresse, véritable fil conducteur de la composition, nous invite à la découverte de cette cinquième saison imaginaire. Que dire, sinon que jamais l'ennui ne vient poindre tant la maîtrise mélodique d'HARMONIUM est manifeste. Un chef d'œuvre de symphonisme.
HARMONIUM livre ici un album au charme incroyable, susceptible de plaire au plus grand nombre – chose qu'il fit en son temps au Canada. De nos jours, l'héritage se perpétue avec des groupes comme XII ALFONSO, chez qui l'on retrouve cette volonté de réunir rock progressif et chanson populaire francophone (on pense au premier volume de leur triptyque sur Claude Monet).
9/10