GAZPACHO - “Tick Tock”
2009 - Norvège - Happy Thoughts Production
4 titres - 45’59
Ou quand l’élève dépasse le maître. Touché par le rock sophistiqué des premiers albums, le MARILLION de Steve Hogarth avait pris les jeunes Norvégiens sous son aile, leur confiant plusieurs premières parties de concerts. Une proximité qui a bien profité à GAZPACHO : au contact de son mentor, le groupe a su capter le meilleur du MARILLION seconde époque, celui des albums "Brave" et "Afraid of Sunlight". La métamorphose amorcée par GAZPACHO sur son précédent opus est aujourd’hui achevée. Que cela soit le chant de Jan-Henrik Ohme, dont le timbre est tellement proche de Steve Hogarth, ou la musique atmosphérique et hautement émotionnelle, le mimétisme est total sur ce "Tick Tock". Alors pendant que les Anglais enchaînent les sorties décevantes et controversées, les fans se consoleront avec nos Norvégiens qui réveillent ici la flamme du grand MARILLION.
Le concept de ce cinquième album est basé sur le livre d'Antoine de Saint-Exupéry intitulé "Terre des hommes". L'écrivain français y raconte son crash aérien, en 1935, lors d’une tentative de vol longue distance entre Paris et Saïgon, puis l'errance dans le désert lybique qui s'en suivit. Une thématique propre au voyage et à l'introspection qui sied parfaitement à la musique élégante et romantique de GAZPACHO.
Etrangement, le titre d'ouverture "Desert Flight" explore un style assez éloigné du néo-progressif de la bande à Hogarth. L'entame très rock et énergique à la MUSE se singularise par rapport au reste de l'album, avant d'évoluer vers une fin plus post-rock mêlant guitare bourdonnante et violon déchirant. Puis arrivent les deux grandes suites de l'album, "The Walk" et "Tick Tock", d'une durée respective de 13 et 22 mn. Cette fois-ci, le propos est 100% marillionnesque : le rythme se ralentit, les ambiances se posent, le chant se fait plaintif et envoûtant... Evocation de l'immensité du désert, "The Walk" se teinte de touches orientalisantes sur grâce à une instrumentation judicieuse et inventive (percussions, violon, mandoline, accordéon). Puis un battement de pendule annonce l'arrivée de "Tick Tock" : le morceau alterne séquences planantes et montées en tension, reflet de l'expérience introspective et mystique vécue par le personnage principal (les chœurs d'outre-tombe sur la première partie). Enfin, l'album s'achève sur un "Winter Is Never" à la mélancolie digne du meilleur Steven Wilson (PORCUPINE TREE).
GAZPACHO, combo à la sensibilité à fleur de peau, livre ici une œuvre majeure qui balance entre néo-progressif et ambient. Résolument moderne et parfaitement produit, ce disque possède un potentiel de séduction qui va bien au-delà de la seule sphère progressive. Tout simplement indispensable !
8/10