ELOY - “Silent Cries And Mighty Echoes”
1979 - Allemagne - EMI Electrola
6 titres - 43’26
Très célèbre et gros vendeur dans son pays d'origine, ELOY reste relativement peu connu hors d'Allemagne malgré une discographie de tout premier ordre. Lorsque l'album "Silent Cries And Mighty Echoes" sort, le groupe est au sommet de sa carrière, ce qui peut expliquer qu'il se contente pour une large part d'appliquer les recettes qui ont fait le succès, deux ans plus tôt, du cultissime "Ocean". Soli de guitare aériens, lignes de basse hypnotiques, claviers et synthétiseurs en pagaille, textes d'inspiration science-fiction : on retrouve tout les ingrédients qui ont couronné ELOY roi du space-rock progressif.
Dès le premier morceau, "Astral Entrance", l'ombre du PINK FLOYD période "Wish You Were Here" plane plus que jamais sur la musique d'ELOY. Souvent accusé de n'être qu'une pâle copie des Anglais, principalement à cause du jeu de guitare très gilmourien de Frank Bornemann, le groupe a pourtant su développer sa propre touche. Saluons en effet le très gros travail réalisé sur les sons de claviers et autres effets sonores synthétiques, digne d'un TANGERINE DREAM ou d'un VANGELIS. Et puis, la bande à Roger Waters ayant rapidement migré vers d'autres horizons musicaux, quel mal à ce que les Allemands ait repris le flambeau ?
La plupart des titres de l'album, tel l'excellent "Master of Sensation", sont bâtis sur un même principe : les nappes de claviers, soutenues par une basse mixée très en avant, s'appliquent à tisser un écrin sonore sur lequel vient se poser la guitare cristalline. Ponctuellement, le côté symphonique d'ELOY refait surface, le passage central de "Pilot To Paradise" rappelant ainsi les fastes du disque "Dawn". Les deux derniers morceaux, "De Labore Solis" et "Mighty Echoes", beaucoup plus planants avec leur tempo très lent, n'auraient pas dépareillé sur "Ocean". Reste le clou de l'album, "The Apocalypse", pièce à tiroirs de 15 mn : que dire, si ce n'est qu'ELOY donne ici le meilleur de lui-même. On retiendra particulièrement le duo orgue Hammond/chant du début, le solo de guitare lyrique à souhait ou la voix féminine qui fait une superbe apparition.
Certes, la prise de risque est limitée, mais l'exécution se révèle sans faille, au point que ce disque est souvent cité par les fans comme étant le magnum opus du groupe. Peut-être aussi parce qu'il s'agit du dernier album d'ELOY dans sa configuration légendaire : Jürgen Rosenthal (batterie) et Detlev Schmidtchen (claviers) quitteront le groupe peu après, ce qui lui confère une saveur toute particulière.
A noter que la version remasterisée sortie en 2005 contient deux titres bonus assez dispensables, seul le passage à la flûte sur "Let The Sun Rise In My Brain" étant à sauver.
8/10