YES - “Relayer”

Publié le par Lothian

1974  -  Royaume-Uni  -  Atlantic Records

3 titres  -  41’28

Rick Wakeman parti, c'est au Suisse Patrick Moraz que le groupe confie la lourde tâche de succéder à la diva des claviers. Loin de se cantonner à un rôle de doublure, celui-ci apporte à la musique de YES une touche jazz-rock bienvenue. Car si "Relayer" reprend la structure de son prédecesseur "Close To The Edge", à savoir une suite dépassant les 20 mn suivie de deux titres de 10 mn chacun, le propos musical a bien changé. Délaissant le rock progressif d'obédience symphonique qui était alors sa marque de fabrique, YES inaugure ici une démarche plus expérimentale, proche du jazz ou de la fusion. A la douceur et aux envolées habituelles s'ajoutent une puissance et une agressivité inédites : bref, un vent de renouveau souffle sur ce "Relayer".

 

L'album débute par le bien-nommé "The Gates of Delirium", sans doute l'une des meilleures suites de l'histoire du rock progressif seventies. Eblouissant de virtuosité, le groupe alterne passages délicats et cavalcades instrumentales furieuses. La partie centrale du morceau, proprement ahurissante, est un véritable tourbillon musical : section rythmique déchaînée, sons de claviers torturés, bruitages inquiétants, guitare de Steve Howe volontiers dissonnante... Et pourtant, au milieu de ce chaos sonore, les mélodies arrivent toujours à se frayer un chemin, évitant que l'auditeur ne décroche. Au délire musical, censé évoquer la folie de la guerre – les paroles sont inspirées du "Guerre Et Paix" de Tolstoï –, succède le calme et la sérénité. Le final planant de 6 mn, magnifié par le chant céleste et suraigu de Jon Anderson, est d'une beauté confondante. Ainsi s'achève "The Gates of Delirium", véritable chef d'œuvre intemporel.

Parlons des deux autres titres à présent. "Sound Chaser" continue dans l'expérimentation avec une approche fusion particulièrement flagrante sur le début du morceau. Puis Steve Howe confirme qu'il a bien la vedette sur ce disque avec un remarquable travail de déstructuration de la guitare, parfaitement soutenu par les multipes claviers de Patrick Moraz. Le dernier titre, "To Be Over" est une sorte de ballade épique à la "And You And I". L'atmosphère y est à nouveau calme et apaisée, rehaussée d'une sympathique touche orientale grâce à la présence d'une sitar. YES trouve quand même le moyen d'introduire quelques cassures de rythme, le temps d'un solo de claviers ou de guitare. Le morceau prend fin dans la quiétude et la douceur, laissant l'auditeur dans un profond sentiment de bien-être.

 

"Relayer" est probablement le meilleur album de YES, en tout cas le plus complexe et le plus aventureux, donc le plus progressif au sens premier du terme. Malheureusement, les Anglais ne persisteront dans la direction espérée, abandonnant son approche avant-gardiste pour sombrer peu à peu dans la facilité et la complaisance.

 
9/10

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Publié dans Chroniques

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